25 juillet 2007

Bon été!

Celui qui entre par hasard


Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui
Que chaque noeud du bois renferme davantage
De cris d'oiseaux que tout le coeur de la forêt
II suffit qu'une lampe pose son cou de femme
A la tombée du soir contre un angle verni
Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles
Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris
Car tel est le bonheur de cette solitude
Qu'une caresse toute plate de la main
Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes
La légèreté d'un arbre dans le matin.

René Guy Cadou 

 

Soir d'été

Si vous tendez un peu l'oreille
Quand le soleil
A fait flamboyer le jardin
Et que son dernier rayon dore
Encore
Au seuil du soir,
Votre arrosoir.
Ecoutez bien :
Vous entendrez tout doux, tout doux,
Dans tous les coins
Ivres d'odeurs,
Vous entendrez, à petits coups,
Dans tous les coins, boire les fleurs. 

Maurice Carême 

 

Le chant de jubilation de Tsoai-Talee

Je suis une plume dans le ciel lumineux
Je suis le cheval bleu qui galope dans la plaine
Je suis le poisson qui virevolte et miroite dans l'eau
Je suis l'ombre qui suit l'enfant
Je suis la luminosité de l'après-midi, l'éclat des prairies
Je suis l'aigle qui joue avec le vent
Je suis un bouquet de perles étincelantes
Je suis la plus lointaine étoile
Je suis le grondement de la pluie
Je suis le scintillement sur la neige croûtée
Je suis la large traînée de la lune sur le lac
Je suis une flamme de quatre couleurs
Je suis un cerf qui s'éloigne au crépuscule
Je suis un champ de sumac et la pomme blanche
Je suis un vol d'oies dans le ciel d'hiver
Je suis la faim d'un jeune loup
Je suis totalement le rêve de ces choses.

Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant

Je suis en bons termes avec la terre
Je suis en bons termes avec les dieux
Je suis en bons termes avec tout ce qui est beau
Je suis en bons termes avec la fille de Tsen-Tainte

Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant .

N.Scott Momaday
Indien algonquin

 

La môme néant 

(Voix de marionnette, aigüe, cassée, caquetante, voix de fausset)

 

Quoi qu’a dit?
-  A dit rin.

Quoi qu’a fait?
-  A fait rin.

A quoi qu’a pense?
-  A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin?
Pourquoi qu’a fait rin?
Pourquoi qu’a pense à rin?

-  A’ xiste pas.

Jean Tardieu

Le secret

Sur le chemin près du bois
J’ai trouvé tout un trésor :
Une coquille de noix
Une sauterelle en or
Un arc-en-ciel qu’était mort.

À personne je n’ai rien dit
Dans ma main je les ai pris
Et je l’ai tenue fermée
Fermée jusqu’à l’étrangler
Du lundi au samedi.

Le dimanche l’ai rouverte
Mais il n’y avait plus rien !

Et j’ai raconté au chien
Couché dans sa niche verte
Comme j’avais du chagrin.

Il m’a dit sans aboyer :
" Cette nuit, tu vas rêver. "
La nuit, il faisait si noir
Que j’ai cru à une histoire
Et que tout était perdu.

Mais d’un seul coup j’ai bien vu
Un navire dans le ciel
Traîné par une sauterelle
Sur des vagues d’arc-en-ciel !

 

René de Obaldia, Innocentines,
Poèmes pour enfants et quelques adultes.

 

Heureux qui comme Ulysse

Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage.
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé après
Maintes traversées
Le pays des vertes allées.

Par un petit matin d'été
Quand le soleil vous chante au coeur,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté.

Quand on est mieux ici qu'ailleurs,
Quand un ami fait le bonheur,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté.

Avec le soleil et le vent,
Avec la pluie et le beau temps,
On vivait bien contents
Mon cheval, ma Provence et moi,
Mon cheval, ma Provence et moi.

Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage.
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé après
Maintes traversées
Le pays des vertes allées.

Par un joli matin d'été
Quand le soleil vous chante au coeur,
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté.

Quand c'en est fini de malheurs,
Quand un ami sèche vos pleurs
Qu'elle est belle la liberté,
La liberté.

Battus de soleil et de vent,
Perdus au milieu des étangs,
On vivra bien contents,
Mon cheval, ma Camargue et moi,
Mon cheval, ma Camargue et moi.

Paroles et Musique de H. Colpi / G. Delerue
Chant: Georges Brassens.
 

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur
que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite chacun des mots qui forment
cet article et mettez-le dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain original
et d’une sensibilité charmante,
encore qu’incomprise du vulgaire.

Tristan Tzaza, sept manifestes de dada
© Société nouvelle des éditions Pauvert, 1979.
 

Droite

Au moins pour toi,
Pas de problème.

Tu crois t'engendrer de toi-même
A chaque endroit qui est de toi,

Au risque d'oublier
Que tu as du passé,
Probablement au même endroit.

Ne sachant même pas 
Que tu fais deux parties
De ce que tu traverses,

Tu vas sans rien apprendre
Et sans jamais donner.

Guillevic - Euclidiennes  1967

 

Triangle isocèle

J'ai réussi à mettre
Un peu d'ordre en moi-même

J'ai tendance à me plaire.

Guillevic - Euclidiennes  1967

Triangle équilatéral

Je suis allé trop loin
Avec mon souci d'ordre.

Rien ne peut plus entrer.

Guillevic - Euclidiennes  1967

 

La lecon de mathématiques I

(ou Bible du maître de mathématiques Athé-niant)

Je ne connais rien
À l'histoire, la théologie, la métaphysique
Moi ce que j'aime ce sont les mathématiques:

Dieu et Dieu font Saints
Saint et Saint font Dieu,
Vous me direz mais ca ne colle pas!
Je vous répondrez avec la foi: Si!
Un gros sein et un petit sein
Le tout n'est pas sain
Mais c'est bien dit
Et à y regarder de près
Deux seins de même taille
Ce n'est pas saint non plus
Mais c'est toujours bien dit
Et voilà pour les additions.

Passons à la multiplication:
Sans foi Dieu
C'est: vin
Et vin et vin…dix fois,
En fait c'est la loi de la distribution.
Ca vous êtes bien d'accord, non?
Ou faut-il que je vous fasse passer l'alcotest?
Donc Dieu sans foi d'eux
c'est: devin bien sûr!
Et Dieu sans foi d'Ys
c'est: divin, tonnerre de Brest!

Maintenant, passons aux tablatures de Dieu:
Une fois Dieu c'est Dieu
Mais attention
Sans foi Dieu c'est pas Dieu!
De même
Une fois Dieu c'est le monothéisme
Trois fois Dieu c'est le panthéisme
Mais quand on sait que trois fois rien
C'est déjà quelque chose… probablement un euphémisme!
On se rend bien compte que tous ces sch. . .ismes
ne riment à rien.

Bon, quelques lois sur les groupes
Dieu à Sète c'est Brassens!
Mais, ces tas d'yeux, ca,
On ne sait à qui c'est!
Comme quoi Dieu n'est pas commutatif
(ni communicatif d'ailleurs).
Non, pas touche à Brassens c'est mon pote!!!
Et puis lui les groupes
Il n'en avait rien à foutre
Alors que Dieu. . .

En conclusion, je dirai
Puisque Dieu est très grand
Dieu au carré
C'est probablement l'infiniment Grand
Mais là, je n'irai jamais
Alors moi, je préfère dormir dans mon
Pieu au carré
Bien tranquille en fumant ma pipe de trois fois rien.

J'espère que cette lecon vaut bien un fromage,
Sur ce,
Amen.

N.B. pour les fromages postez à
C/o Lucie Fair
Boite restante en fer.

Ils me garderont tout ca au chaud
Pour ma prochaine visite, je crois.

©Rolland Pauzin. 20-10-2001 Bible-Psaume-X,XX,C+
 
 

Deux droites parallèles
Depuis longtemps s'aimaient.
- Nous toucher, disaient-elles.
Le pourrons-nous jamais ?
Messieurs les géomètres
Nous parlent d'infini ;
C'est bien beau de promettre,
Mais tant de kilomètres
Ça donne le tournis !
- Si le sort vous accable,
Leur répondis-je alors,
Rapprochez-vous, que diable,
Rapprochez-vous encor !
Ma remarque opportune
Leur fut d'un grand secours :
Il n'en reste plus qu'une,
Quel beau roman d'amour!

Jean-Luc Moreau